« J’ai toujours été fasciné par cette passion touristique qu’ont les monstres géants. D’une façon ou d’une autre, dès qu’ils arrivent dans une ville, ils vont directement détruire les monuments historiques, à croire qu’ils viennent de potasser un guide, tu ne trouves pas ? Le monstre comme entité touristiquement apocalyptiforme. »
p85
« Comme le codex Borgia, par exemple, le codex Chansons Tristes est un document au contenu éminemment cosmologique et calendaire. La qualité de sa facture et sa tendance évidente à respecter les conventions plastiques préhispaniques en font une œuvre relevant indiscutablement de cette époque. On suppose que le codex Chansons Tristes devait figurer parmi les pièces d’un trésor, dans un temple ou peut-être chez un prêtre. Le codex Chansons Tristes a été réalisé sous forme de bandes en peau de cerf ensuite enduites de stuc et pliées en accordéon. Constitué de soixante-dix-sept planches, il est l’un des plus grands codex incluant un tona-lámtl, ou calendrier divinatoire de deux cent soixante jours, qui décrit les activités des déités diurnes et nocturnes et les liens qui les unissaient. Il s’agit d’un des codex les plus complexes qui soient, dont on ne parvient aujourd’hui à déchiffrer que certaines parties du récit. La « lecture » du document s’effectue en zigzag. Une série de lignes rouges permet de passer dans le bon ordre d’un dessin à l’autre, comme pour parcourir une bande dessinée. Le codex Chansons Tristes relate une histoire plus compliquée et plus sombre que celle des autres codex. Sa structure est spasmodique et fragmentée. Dans la partie supérieure droite, on voit un homme assit devant une sorte de cube en verre lumineux auquel il semble relié par un panache de plumes de quetzal. L’homme apparaît ensuite comme s’il évoquait des souvenirs. Il traverse les eaux profondes d’un océan pour combattre et terrasser un géant au visage masqué. Le vainqueur sacrifie son rival, lui prend son masque, puis il est réduit en pièces par une foule en colère tandis qu’un nouvel homme masqué, visiblement tout puissant, descend du ciel pour anéantir le monde en lui infligeant un tremblement de terre qui dure plusieurs siècles. »
p203
Mantra
Les éditions passage du Nord-Ouest