Règles absolues et exceptions

par Julien Kirch, le 6 décembre 2018

Il est interdit de se connecter en ssh aux serveurs de production.

En agile les tâches techniques sont interdites : il faut seulement des user stories.

Je me méfie des règles absolues.

Par esprit de contradiction, et parce que j’ai trop eu affaire à des cas aux limites, quand je vois une règle sans exception j’ai envie de la questionner.

Je préfère les principes directeurs : "voilà la théorie, en pratique je vous fais confiance pour agir de manière raisonnable". Parfois une règle est le bon choix, mais pourquoi une règle sans exception ?

Parce que quand le cas pénible, celui dont on ne préfèrerait pas qu’il arrive, se manifeste, et que la moins mauvaise solution serait d’enfreindre cette règle, on aboutit souvent à une situation de crise : qui peut décider de la contourner, comment est-ce qu’on s’y prend ?

Je suis d’accord qu’une règle absolue est plus simple : plus simple à communiquer, à comprendre, et elle évite d’avoir à discuter.

Oui mais qu’est-ce qu’on fait quand le mauvais cas arrive ?

Face à l’envie d’établir ce genre de règle, je me pose une série de questions :

  1. Quels sont les cas où elle ne s’applique pas ou mal ?

  2. Pour chacun d’entre eux

    1. Que coûte le fait d’avoir à appliquer la règle (et donc devoir faire autrement, ou ne pas faire) ?

    2. Que coûte le fait d’avoir à prendre en compte cette exception (en moindre lisibilité, en discussions, en investissement pour permettre le contournement …) ?

  3. Et enfin :

    1. Qui propose la règle ?

    2. Qu’est ce que ça apporte à cette personne ?

    3. La règle s’applique-t-elle à cette personne ?

Ce n’est qu’avec ces informations que je suis capable de décider.

Oui mais si on prévoit une exception tout le monde va chercher à l’exploiter.

Parfois une règle complique des choses pour certaines personnes, ou certains groupes. Il est normal, même si pas toujours légitime, que ces personnes essaient de ne pas l’appliquer.

Si la personne qui établit la règle passe son temps à être sollicitée pour obtenir des exemptions, je pense qu’à sa place j’aurais la même tentation : ne pas avoir d’exception est quand même moins fatiguant.

On peut aussi faire en sorte que la règle soit moins contraignante : faire en sorte que l’exception entre dans le cas nominal, en trouvant la bonne approche, en investissant dans un outil… Cela peut fonctionner, mais cela demande du temps sans avoir la garantie d’aboutir.

Pour moi le minimum est d’identifier des personnes qui ont le droit de passer outre quand le besoin s’en fait sentir. On peut ne pas proposer de process de demande balisés, pour éviter qu’il soit employé à mauvais escient, mais il faut au moins savoir qui appeler.